La banlieue fait rêver. Le look et l’argent facile des bad boys font kiffer les jeunes gens bien nés du VIème arrondissement. Ca a toujours été ainsi. Sans remonter très loin en arrière, il y a eu Kassovitz (fils de son père), Cassel (fils de son père) et maintenant Romain Gavras (fils de son père) et Kim Chapiron (fils de son père Kiki Picasso). Fascinés par le rap et la violence cinématographique de la banlieue, ils se coulent avantageusement dans le moule.
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Ce qui me dérange, moi qui suis né à Bondy-Nord, qui ait grandi à Noisy-le-Sec et aux Ulis, ce n’est pas qu’un groupe de “fils de…” réalisent ou jouent dans des films underground à l’esthétique rap, bien au contraire. C’est le mélange des genres. Entre cinéma et réalité. Toujours au profit de ces jeunes gens. Ils ne sont pas nés du mauvais côté du périph, les pauvres, aussi ils re-écrivent l’histoire au cinéma, avec eux dedans, autour. Ils rejouent les images d’actualités, brouillent les cartes, cotoient les vrais fils de méchants. La proximité de l’abîme leurs brûle les doigts. Mais dans quel but, tout ça ?
Ce n’est que du cinéma, et j’imagine que dans dix ans, ils rouleront en Saab ou en Toyata Prius, porteront des Loden et promèneront leur progéniture au jardin du Luxembours en sortant de l’Ecole Alsacienne. Que restera-t-il alors de cette mise en scène du réel “comme si c’était vrai” ? Ils se seront inventés un passé, et puis quoi ? Ils seront parfois invités à s’exprimer sur le malaise des banlieues comme des experts dans les JT au hasard d’un fait divers. Avec un peu de chance ils viendront faire une conférence dans une MJC de banlieue en se disant : “C’est plus comme avant !”
J’espère sincèrement me tromper, j’espère les retrouver employés à la Fnac ou la Ratp, à la manière des Béruriers Noirs ou des Wampas, droits dans leurs bottes. Ceux là n’éprouvent pas le besoin impérieux de faire comme si. Simplement ils sont là, et ils vivent pour de vrai… Ils militent parmi les gens pour un monde meilleur, plus juste et fraternel. Cela veut évidemment dire refuser le star système, les cachets astronomiques qui vont avec.
Une écriture si crue, si violemment vivante et engagée ne peut se contenter de la cranerie de la posture. Aussi, je me demande encore ce qui commande à l’écriture de ce faux reportage promotionnel qui mélange encore les genres, sinon faire parler de soi à bon compte en faisant frissonner le bourgeois ?
