Home, le film de Yann Arthus-Bertrand est sorti le 5 juin dans 130 pays dans le cadre de la journée mondiale de l’environnement. Au cinéma, à la TV, mais aussi sur internet et en DVD.
Cette sortie mondiale orchestrée à la manière d’un lancement de marque s’appuie grandement sur le levier que représente internet, un peu à la manière d’Obama lors de la campagne présidentielle américaine. Le buzz fonctionne, le service marketing a bien travaillé.
La version française du film a été vue 200303 fois ce samedi 07 juin (09h25) sur le site de YouTube, partenaire de l’opération. “Home” sera visible gratuitement sur le site, mais aussi dans de nombreuses salles de cinéma qui ont décidé de s’associer à l’opération. Le film est très esthétique, il sera à mon sens très utile pour ressentir émotionnellement notre place particulière sur cette planète, le rôle que nous jouons dans la marchandisation du monde. Evidemment, ce film n’aurait sans doute pas pu voir le jour sans l’argent du Groupe Pinault (PPR). D’ailleurs, il n’y a rien de choquant à cela. Qu’un héros du capitalisme finance ce projet est peut-être même une très bonne chose en soi, la preuve que l’écologie imprègne enfin l’économie, qu’une prise de conscience existe.
Ce qui est plus dérangeant, c’est de voir le film débuter par une véritable publicité pour les marques du Groupe Pinault (PPR). On y voit les jolis logos de marque du groupe s’animer lentement, danser devant nos yeux attentifs et captifs pour former le mot “HOME” ; le titre du film. Comme si “Home” n’était finalement qu’une vitrine sans autre vocation que de vendre des Lunettes Gucci, des TV HD ou des DVD de Salma Hayek distribués par la Fnac que l’on appréciera de regarder depuis un canapé fourni par Conforama et construit en Chine. Ce postulat de départ anéantit le propos du film, il le réduit à rien, une mascarade joliment filmée, une posture un brin cynique.
C’est d’autant plus terrible que je suis convaincu de la sincérité de l’auteur et de son intention. Il ne fait aucun doute que la manière d’intégrer ses marques au film a fait l’objet de débats et de discussions serrées. Mais le choix final marque la volonté profonde du “mécène” de s’y retrouver. Le marketing a gagné. Comment aurait-il pu en être autrement ? Le financier a l’argent et le destin du film entre ses mains. En ouvrant le film, en donnant le top départ du propos, toutes ces marques qui dansent semblent nous dédouaner par avance d’acheter ; pire, elles sont “partenaires” de notre bonne conscience ! Allez, acheter en paix encore et toujours plus !
